EffortSoutenu.jpgCette page propose d'aborder les principes de la tradition Extrême-Orientale et finalement la doctrine de l'Aïkido. Voici les titres des différentes études :

       Sur le "Pont Flottant du Ciel"
       Fonctions des textes sacrés
       La Devise de l'Aïkido 
       Ki-Ken-Taï
       Pétrir le corps comme du pain
       l’Aïkido une Voie Yin-Yang !
       Considérations sur la tradition Extrême-Orientale
       "Tori Fune" en mots
       De la perte de l'ego
       A propos des Grades

 

Sur le "Pont Flottant du Ciel"

Avant d’entamer l’étude, il est une question à laquelle il semble important de devoir répondre. Pourquoi chercher à comprendre le sens de telles expressions métaphysiques et quelle utilité peut-on en retirer ?
On pourrait déjà répondre que cette quête peut être justifiée par le simple fait que c’est une demande du Fondateur. O’Sensei recommande dans les nombreux discours qui ont été enregistrés de chercher à percer le sens profond, la vérité, qui se tiennent derrière des expressions comme Takemusu Aïki, Uki-Hashi, Myoyo, ou encore Masakatsu Agatsu Katsuhayabi Su O’Kami.

    « Mes paroles et mes enseignements sont portés par une inspiration divine, aussi sont-ils difficiles à recevoir et à appréhender clairement. Mais chacun d’entre vous devrait s’attacher à apprendre et à comprendre ce que je dis, jour après jour, au sujet de l’Aïkido.  » 
   
Cependant il donnait la priorité à la pratique des techniques d’Aïkido.
   
    « Lorsque l’on se laisse accaparer par les sciences et par les lettres, cela devient une gêne pour la véritable progression.  » 
   
Pour pouvoir cerner les enjeux sous-tendus par la question, quelques remarques peuvent être faites. Dans les peuples vivants pleinement une doctrine métaphysique de l’Unité comme cela était le cas dans le Japon d’avant-guerre (bien qu’il y avait déjà des signes de dégénérescence de l’intelligibilité et de la pratique conforme de la doctrine métaphysique), les êtres sont, dès leur émergence dans le monde (on peut inclure dans cette période la vie intra-utérine où les rapports avec tout ce qui fait l’extérieur de l’être en développement sont déjà pleinement établis), imprégnés par l’ordonnancement traditionnel de la vie du peuple et reçoivent donc un enseignement permanent de la doctrine exotérique et ésotérique de ce peuple. La pratique de l’Aïkido, dans ce cadre ordinairement traditionnel, s’inscrit alors comme une science idéale pour effectuer la réalisation spirituelle à laquelle on est intrinsèquement destinée. Mais, le peuple occidental, depuis la fin du haut moyen âge, et plus définitivement à la Renaissance, s’est écarté de la pratique d’une vie orientée vers la réalisation spirituelle optimum de chaque individu. Aussi, aujourd’hui, les individus du monde contemporain n’ont plus la possibilité de recevoir par leur immersion dans la vie quotidienne, l’enseignement traditionnel. Les objets, les métiers, l’enseignement, les rapports entre les individus, les moments de célébrations, les chansons, fables, légendes et mythes, etc.. ne sont plus ordonnancés ni élaborés suivant une intelligence reflétant un ordre cosmique et microcosmique, ni suivant une symbolique reprenant les évènements qui ponctuent le passage d’une conscience universelle à une conscience individuelle et vis-versa. Il est donc nécessaire de faire cet effort par soi-même en se réappropriant la pensée traditionnelle, de façon à ce que le processus de transformation existentielle induit par la pratique des techniques d’Aïkido, devienne intelligible et que chaque étape dans la modification de la conscience soit correctement interprétée par celui qui les vit. Car l’unité ne peut être atteinte que dans la mesure où tout ce qui fait l’individu est en accord. Par exemple si l’âme se lie à des participations existentielles totalement inintelligibles à l’entendement de l’individu, de profondes discordances peuvent se faire jour dans ses rythmes constitutionnels et entrainer de grands désastres. 
L’agissement merveilleux (Myoyo) de l’Aïkido a l’incommensurable avantage de ne pas être lié à une doctrine d’un peuple particulier, bien qu’il ait tout de même une affinité plus directe avec le Shintoïsme et le Taoïsme. Le Fondateur donne une précision d’une très grande importance quant à l’origine de l’Aïkido qui lui confère justement cette essence Universelle et son efficience au sein de n’importe quelle doctrine traditionnelle particulière . Il affirme que l’Aïkido est né à la même source que celle de l’Univers.
   
  « Il est l’expression du mouvement de l’univers issu de l’origine unique.  »
   
Cette donnée qui peut paraître mystérieuse place notre Voie au-delà de la distinction Yin et Yang  et permet à ceux qui l’empruntent, si leur nature propre le leur permet bien sûr, d’atteindre les degrés de réalisation spirituelle les plus élevés. Ainsi, la pratique de cet art dans un cadre traditionnel aux couleurs d’un peuple donné, garde toute son efficience transformatrice. 
Comme l’Aïkido est une science de l’être intégrale qui s’inscrit à un moment bien particulier dans le cycle de la présente humanité, on ne peut faire l’impasse sur la recherche de l’intelligibilité de l’Existence Universelle. Si le Fondateur nous a demandé d’entreprendre l’étude des textes sacrés tout en pratiquant les techniques, c’est bien que de cette conjugaison peut être génératrice d’une résonnance particulière qui a la faculté d’ouvrir la conscience et la participation existentielle du pratiquant à une conscience supérieure pouvant se fondre dans la Conscience Universelle. Il semble que de la perfection dans l’exécution de gestes archétypaux (les techniques), de la rectitude morale (la sincérité), de l’intelligibilité des lois de l’Existence Universelle, et de l’attachement à un Maître vigilant et bienveillant, peut naitre une modification profonde de l’état d’être.
Ainsi, derrière une expression telle que le « Pont Flottant », se tient une réalité à laquelle seul un nouvel état de conscience peut accéder. Au préalable, il semble qu’il faille s’approprier mentalement ce que peut être cette réalité et accepter qu’elle se tient par delà notre conceptualisation matérialiste de l’existence, alors seulement l’enseignement traditionnel ouvrira l’être à la participation existentielle globale avec cette réalité cachée. Mais la saisir par le seul mental n’est pas une condition suffisante pour accéder à une modification de son état d’être. Il est nécessaire, sauf cas exceptionnel, d’entrer dans une Voie traditionnelle, pour que le lien avec le Ki Universel puisse être établi. Les Voies sont précisément détentrice de ce lien et ce n’est que par ce lien (le Fondateur le nomme le « cordon du lien », O Musubi) que la transformation peut être effective :
   
   « … et nouer le cordon du lien avec le cordon de l’âme de l’univers.  » 
   
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Fonction des textes sacrés

Nous commencerons cette petite étude par un commentaire de Tchoang-Tzeu où le Maître Taoïste expose paradoxalement dans une parabole toute la limitation des textes sacrés.

« Tch13.I. Un jour, tandis que le duc Hoan de Ts’i lisait, assis dans la salle haute, le charron Pien travaillait à faire une roue dans la cour. Soudain, déposant son marteau et son ciseau, il monta les degrés, aborda le duc et lui demanda :
— Qu’est -ce que vous lisez là ?
— Les paroles des Sages, répondit le duc.
— De Sages vivants ? demanda Pien.
— De Sages morts, dit le duc.
— Ah ! fit Pien, le détritus des anciens. Irrité, le duc lui dit :
— Charron, de quoi te mêles-tu ? Dépêche-toi de te disculper, ou je te fais mettre à mort.
— Je vais me disculper en homme de mon métier, repartit le charron. Quand je fabrique une roue, si j’y vais doucement, le résultat sera faible ; si j’y vais fortement, le résultat sera massif ; si j’y vais, je ne sais pas comment, le résultat sera conforme à mon idéal, une bonne et belle roue ; je ne puis pas définir cette méthode ; c’est un truc qui ne peut s’exprimer ; tellement que je n’ai pas pu l’apprendre à mon fils, et que, à soixante-dix ans, pour avoir une bonne roue, il faut encore que je la fasse moi-même. Les anciens Sages défunts dont vous lisez les livres, ont-ils pu faire mieux que moi ? Ont-ils pu déposer, dans leurs écrits, leur truc, leur génie, ce qui faisait leur supériorité sur le vulgaire. Si non, les livres que vous lisez ne sont, comme j’ai dit, que le détritus des anciens, le déchet de leur esprit, lequel a cessé d’être.
»

Dans cette parabole de nombreux niveaux de lecture peuvent être envisagé, comme par exemple celui où la roue du charron est l’emblème de la « Roue Cosmique ». Le charron devient alors lui-même le symbole du Principe de la Manifestation « T’ai Tchi », ce qui sous-entend, dans cette perspective, que l’autorité du Duc prend sa source dans celle incarnée par le Charron et non pas l’inverse. ...
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La devise de l'Aïkido



DeviseAikido.jpgMasakatsu Agatsu Katsuhayabi Su O’Kami

La véritable victoire est se vaincre soi-même pour voguer vers l’instant de l’ultime accomplissement au Cœur du Grand Kami. Le Grand Kami de l’Aïki !"

 


IdeogrammesDevise.gifLe Fondateur faisait de la formule Masakatsu Agatsu Katsuhayabi, la Devise de l’Aïkido. Dans les peuples traditionnels, chaque chose (personne, animal, lieu, objet, fonction, discipline, etc..) dispose de sa propre devise, explicitant synthétiquement son principe supérieur, mais aussi sa fonction dans ses rapports à l’homme. Un objet désigné dispose généralement de plusieurs noms correspondant à des attributs en rapport avec les différentes modalités le constituant et se transformant sur le cycle de son existence en tant que chose distincte de tout ce qui fait son extérieur. Il dispose en outre, comme nous venons de le dire, d’une devise qui permet de le décrire dans ses prolongements manifestes, c’est-à-dire décrivant ce que l’on peut en percevoir extérieurement, ce que ces potentialités portées par essence acteront dans la manifestation le temps d’accomplir son devenir. Les noms et devises sont en rapport avec le « Verbe », dans la mesure où toute chose peut être conceptualisée comme s’individualisant par une vibration particulière. Mais toute chose est aussi « Signe », illustrant une différentiation spatiale particulière et une façon d’être singulière dans le « Courant des Transformations ». Ainsi comme pour ce qui à rapport avec le Verbe, elle disposera parfois de plusieurs Signes pour la désigner dans toute sa dimension existentielle. Chez les peuples d’Afrique occidentale par exemple, chaque chose est représentée par un corpus de signes, hiérarchiquement organisés pour la décrire sous ses aspects principiel (non-manifeste), archétypal (informel manifesté), psychique et corporel. Ce système de signes extrêmement complexe et subtil est une doctrine qui, couplée à toutes les autres doctrines de cette tradition, permet aux individus qui la vivent de cheminer vers l’entendement de l’inexprimable intelligibilité de l’Existence Universelle.

Rendre intelligible l’inexprimable est bien là l’authentique fonction des arts et sciences traditionnels dont l’Aïkido ne fait pas exception (AïKi, une Voie si difficile/ A comprendre / Et pourtant aussi simple / Que le cours naturel du ciel. Morihei Ueshiba). Aussi la Devise de l’Aïkido aide-t-elle à comprendre ce qui se produit en l’homme par sa pratique ou, plus exactement, comment l’homme peut « s’augmenter » s’il pratique correctement l’Aïkido. Pour interpréter cette devise, nous allons lire les idéogrammes dans leur graphie ancienne (ci-contre) qui portent intrinsèquement les significations de la doctrine métaphysique Extrême-orientale... cliquez ici pour lire la suite

 

 

Ki Ken Taï

Lors de son stage du 19 Novembre 2005 Maître Christian Tissier Shihan nous a explicité comment le principe Ki Ken Taï pouvait être illustré dans une technique...
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Pétrir le corps comme du pain

« Pétrir le corps comme du pain » un des fondements de l’enseignement traditionnel. Ou la phase délicate qui permet de renaître de ses cendres...
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l’Aïkido une Voie Yin-Yang !

On classe généralement les Voies traditionnelles suivant deux catégories : les Voies Yin qui sont dites Voies externes où l’art que l’on pratique conduit à la réalisation d’une œuvre extérieure à l’individu ou en rapport avec son activité extérieure; et les Voies Yang dites Voies internes où l’art que l’on pratique conduit à la réalisation spirituelle du cheminant.

En fait cette distinction correspond aux deux phases successives de la transformation de l’individu empruntant le chemin d’un enseignement traditionnel. Le but de toutes les Voies (quelle que soit la tradition) est la transformation de l’individu (le faire changer d’état d’être) pour qu’il soit un « Coopérateur du Ciel » (expression propre à la tradition Extrême-Orientale) état d’Union absolue au Tao.

Cet état ultime est totalement affranchi de toutes conditions « limitantes », notamment de celles propres à l’existence dans la Manifestation, c’est-à-dire le temps et l’espace. Cette Union au Tao, demande au préalable de passer par le Point Principiel d’où procède tout ce qui est conditionné (ce que la tradition Extrême-orientale nomme les dix-mille être). Ce Point, l’Unité manifestée, est appelé le « Pivot de la Norme » ou encore le « Centre de la Roue Cosmique ». C’est la fin des Voies Yin et le point de départ des Voies Yang.

Mais, toutes les Voies ne sont pas spécifiquement Yin ou spécifiquement Yang, elles peuvent correspondre à des portions bien particulières du chemin. En fait l’ensemble des Voies d’un peuple traditionnel forme un tout cohérent, image d’un véritable organisme vivant qui se modifiera au cours du temps, s’adaptant idéalement aux modifications des conditions d’existence.

Par exemple, dans certains peuples d’Afrique le parcours est divisé en sept Voies, plus une qui est celle qui prépare les enfants à l’entrée véritable sur le Chemin. Il existe aussi des Voies qui couvrent tout le parcours. C’est le cas de l’Aïkido.

L’Aïkido est donc une Voie Yin et Yang à la fois. Il y a plein d’éléments dans sa constitution qui permettent de mettre en évidence cela. Tout d’abord si l’on regarde le rôle du pratiquant, il est alternativement le meneur et le mené. On remarque aussi que tous les degrés de l’existence sont incarnés par les trois niveaux de pratiques, suwari waza, hanmi handachi waza, tachi waza. La purification de l’être induite par l’exécution des techniques, l’omniprésence de la doctrine des 5 éléments à travers les 5 techniques de base, la nature de la Réalisation Spirituelle du Fondateur, l’assimilation de la sueur au sang, la profondeur du relâchement mental imposé par la réalisation de techniques de Lumière dans un environnement dans lequel rien n’est retiré, tout ceci est le signe d’une Voie intégrale. Le Soufisme reconnait d’ailleurs, que le degré de Réalisation Spirituel le plus élevé est celui qui a lieu au milieu des Hommes.



Considérations sur la tradition Extrême-Orientale

Se questionner sur la tradition de l’Extrême-Orient est s’interroger sur la nature de la pensée d’un peuple, ce qui nous revoie nécessairement à l’exercice d’établissement de correspondances avec celle duquel on est issu, source de toutes nos compréhensions authentiques et de tous nos conditionnements. C’est aussi poser un regard sur la marche de l’Histoire d’un peuple et, sans doute, ne pouvons-nous comprendre les articulations de celle-ci qu’en comprenant comment les hommes qui l’ont faite conceptualisaient l’Existence...Cliquer ici pour lire la suite

 
ProjectionDistraite.jpg

"Tori Fune" en mots

Hei So, Hei So

Je pars à l’assaut

En un beau vaisseau

Par delà les roseaux.


Hei So, Hei So...

Tranquillement

Je rassemble

Pour le barattement.


Hei Sa, Hai Sa

Rien ne s’émoussa

Quand ma rage brisa

La cime du ressac.


Hei Sa, Hei Sa...

Fougueusement

Je rassemble

Pour le barattement.


Hei Hei, Hei Hei

Sous l’Esprit vermeil

Mon âme fait merveille

Par delà le soleil...


Hei Hei, Hei Hei...

Transcendant

Je rassemble

Pour le barattement...

 

De la perte de l'ego

Cette opération sur l’individualité, est une des modifications intervenant à un moment critique du chemin vers la Réalisation Spirituelle. On peut dire qu’elle est la première étape véritablement significative du processus dont nous parlons, sans qu’elle en soit pour autant le terme, loin de là. Perdre son ego est un passage obligé et incontournable et l’on peut considérer que c’est là une épreuve induisant des modifications irréversibles sur l’état de l’individu. Cette modification profonde est généralement comparée symboliquement à une dévoration.

L’expression usitée dans la tradition extrême-orientale pour désigner ce processus de transformation est « la réduction du moi distinct et du mouvement particulier à presque rien ». Cette définition est certainement beaucoup plus complète que celle que nous avons donnée en titre, car le processus de réalisation spirituelle ne vise pas à « soustraire », mais à « sommer », à « intégrer » les possibilités de domaines de dimension supérieure à celui auquel la conscience du cheminant est attachée lors de son apprentissage traditionnel. C’est par cette « sommation » que « le moi distinct et le mouvement particulier » deviennent infinitésimaux en comparaison de la dimension des possibilités du domaine atteint par l’état d’être.

Dans ce processus, la conscience migrant d’un degré de l’existence universelle à un autre plus élevé (on pourrait dire en employant une parabole mathématique, migrant d’une position dans l’indéfinité des points d’une droite à l’unicité de la droite elle-même), peut être vécu par l’être, au moment où ce mouvement se produit, comme un abandon. Mais en passant à l’unicité de la droite, l’indéfinité des points ne disparaît pas pour autant. Il y a cependant parmi les modalités de l’individu et plus particulièrement parmi celles qui maintenaient la conscience d’être dans un état de distinction par rapport à tout ce qui fait (faisait) l’extérieur de l’individu, l’une d’elles dont la conscience se sépare et dont elle devra faire le deuil au sens complet du terme.

En kyudo Eugen Herrigel rapporte que son Maître épiait l’instant où l’archer devenait « oublieux de lui-même ».

Dans le soufisme, ce processus est appelé « Fanâ » que l’on peut traduire par « Annihilation », terminologie qui illustre parfaitement ce passage dans une dimension supérieure.

Les sciences traditionnelles ont une double fonction par rapport à ce processus très délicat.

Le premier est de faciliter le déroulement conduisant à la réduction du moi distinct et du mouvement particulier, par la mise en harmonie de l’individu avec des rythmes appartenant aux domaines des dimensions supérieures à celui de l’état individuel.


Shu.JPGLe deuxième est tirer un lien effectif entre le cheminant et le Ki Universel, de manière à ce que lorsque la mèche de l’être s’éteint à son moi distinct, elle puisse se rallumer à la flamme du Tao. Ce n’est pas une simple coïncidence si l’idéogramme Shu de Do-Shu, est une graphie représentant l’être dans sa dimension intégrale (une croix entre le Ciel et la Terre) au sommet duquel une flamme brûle dans plan métaphysique. On comprend tout de suite l’importance primordiale du Do-Shu qui détient la Flamme transmise par le Fondateur, pour assurer son rayonnement principielle jusqu’au cœur de chaque cheminant de la Voie.

C’est par les techniques que le premier objectif est concrétisé, c’est par l’adhésion régulière et sans réserve à l’Aïkido (ou toute autre voie traditionnelle menant à l’Union) que le deuxième objectif est atteint. La notion de régularité découle de la chaine effective qui s’établit entre le Fondateur et le pratiquant par l’intermédiaire des enseignants, des Shi-Hans et du Do-Shu. C’est par cette chaine que le lien avec le Ki Universel est effectif. On comprend que toute pratique où l’un des maillons vient à manquer (pour quelque raison que se soit), lui fait perdre intégralement son efficience.

Allons un peu plus loin maintenant dans ce qui est sous-tendu par la perte de l’égo. Cette étape marque dans l’enseignement reçu tout au long du cheminement menant à l’Union, deux périodes très différentes quant à la nature de l’activité du pratiquant. La première période peut être vue comme conduisant à l’excellence du « Faire », alors que la deuxième conduit au pur « Laisser Faire ».

Le « Laisser Faire » dont il est question ici, est un état d’être que l’on peut atteindre lorsque l’on est entré dans la phase purement spirituelle de la Voie, c’est-à-dire après la perte de l’égo. Tout ce qui précède, se fait dans l’action et concerne toujours, pour une part importante, les modalités individuelles de l’être. Pour aider à comprendre de quoi il retourne prenons une parabole. « Pétrir le corps comme du bon pain », est l’image idéale pour symboliser le processus préalable à la réduction du moi distinct et du mouvement particulier à presque rien. Mais il permet de mettre en évidence d’autres aspects de cette période d’apprentissage. L’un d’eux est celui où le cheminant développe sa complétude, car pour faire un bon pain il faut tous les ingrédients entrant dans la recette, mais il faut aussi qu’ils soient idéalement homogénéisés par un bon pétrissage. Un autre aspect, est la comparaison qui peut être établie entre la modification du cheminant lors de cette période avec celle du processus, en quelque sorte alchimique, du pain. Pour mener à bien cette tâche il faut non seulement les ingrédients mais aussi de l’eau, un levant, du feu, un four, un artisan boulanger, qui sont autant de constituants symboliques que l’on doit retrouver dans une Voie traditionnelle. En outre, cette parabole permet de revenir sur le changement d’état d’être consécutif au changement de domaine de la conscience. En effet si l’individu est initialement l’équivalent de la farine, lorsqu’il se transforme il n’est plus farine mais devient le Pain (après pétrissage, levée puis cuisson). On peut dire que la cuisson est l’étape entre les deux périodes dont nous avons parlé ci-dessus, et marque ce « passage à la limite » entre le moment où l’individu est encore la pâte, et le moment où il devient du pain. Notons cependant que cette parabole du pain à ses limites dans la mesure où la transformation du cheminant vers l’Union est plutôt comparée au passage du solide au liquide, puis du liquide au gaz. 

Pour revenir au « Laisser Faire », on peut penser que cette expression est une traduction sous un certain point de vue de la formule « Wei Wou Wei » du Taoisme désigant « l’Activité Non Agissante » du Principe, par qui tout est fait, sans qu’il ne fasse rien : « Le Principe est toujours non-agissant (n’agit pas activement) et cependant tout est fait par lui (par participation inapparente) ; Lao-Tzeu, Tao-Te-King, 37-A ». Cette qualité de Wei-Wou-Wei, est la quête ultime de la phase spirituelle (la deuxième période), mais intégrer l’état propre à cette qualité, est chose ardue et dépendant de la nature intrinsèque de l’être, comme le rappelle Tchoang-Tzeu au chapitre 22-A : « L’adage dit :  Celui qui imite, le Principe, diminue son action de jour en jour, jusqu’à arriver à ne plus agir du tout. Quand il en est arrivé là (au pur laisser faire), alors il est à la hauteur de toute tâche. Mais revenir ainsi en arrière, jusqu’à l’origine, c’est chose très difficile, à laquelle l’homme supérieur seul arrive. »

Il faut également adjoindre au « Laisser Faire » la notion de « Coopérateur du Ciel » qui lui est indissociable. Tchoang-Tzeu au chapitre 19-A nous dit : « C’est l’abandon des soucis et des affaires, qui conserve la vie ; car cet abandon préserve le corps de fatigue et l’esprit vital d’usure. Celui dont le corps et l’esprit vital sont intacts et dispos, est uni à la nature. Or la nature est père-mère de tous les êtres. Par condensation, l’être est formé ; par dissipation, il est défait, pour redevenir un autre être. Et si, au moment de cette dissipation, son corps et son esprit vital sont intacts, il est capable de transmigrer. Quintessencié, il devient coopérateur du ciel. »

Ce passage est un commentaire du chapitre 64-E du Tao-Te-King « Le Sage ne se passionne pour rien. Il ne prise aucun objet, parce qu’il est rare. Il ne s’attache à aucun système, mais s’instruit par les fautes des autres. Pour coopérer à l’évolution universelle, il n’agit pas, mais laisse aller. »

Nous retrouvons ici la notion de « perte de l’ego » à travers le terme « dissipation » qui présuppose d’avoir agi pour que le corps et l’esprit vital soient intacts au moment où se produit cette « dissipation ». Si et seulement si cette condition est correctement remplie, alors la « transmigration » est possible. La « dissipation » est l’extinction de la mèche, la « transmigration » est le « rallumage » de celle-ci. La Coopération qui en découle est un « laisser aller » de ce qui était antérieurement à la dissipation la volonté individuelle, Coopération qui sous-entend que les mouvements (de tous les plans ; intellectuel, mental, psychique, physique) de l’hypostase de l’être ainsi « quintessencé » ne diffèrent en rien des mouvements induits par « l’Evolution Universelle ».

On devine à travers ces extraits que la perte de l’égo ne se réduit pas à une simple disposition mentale de l’individu, il s’agit d’une véritable expérience existentielle en rapport avec ce qui est appelé dans la tradition extrême-orientale la « condensation » et la « dissipation », c’est-à-dire la naissance et la mort.

Ceci est à rapprocher d’une parole du Prophète de l’Islam : « Mourez avant que vous ne mouriez » (cf. « Traité de l’Unité » par Mohyiddin ibn Arabi, traduit par Abdul-Hâdî).

A propos des Grades

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Sans doute faut-il considérer la finalité des arts et des sciences traditionnels pour comprendre l’utilité et le sens des grades. Si l’on considère que ces disciplines sont des outils donnés aux hommes pour cheminer vers les états supérieurs de l’être, ont énonce par-là même, que le pratiquant en effectuant des techniques pour confectionner une œuvre (de quelque nature qu’elle soit) harmonieuse, se transforme en franchissant progressivement les étapes successives d’un parcours balisé.

Nous savons que les sciences et arts traditionnels visent l’Union au Principe Suprême (le Tao) pour un homme défini comme un être pouvant participer en conscience à un ordonnancement universel dépassant la simple sphère individuelle.

Comme cette conscience supérieure est un état (passant par un état qui coïncide avec les temps primordiaux) qu’il doit intégrer par un effort particulier - ce qui sous-entend que cet état ne lui est pas ouvert lors de son émergence dans le « Courant des Transformations » (voir plus haut) - le pratiquant doit avancer pas à pas vers cette conscience non-ordinaire. Cette modification de l’état de l’être individualisé, est un processus répondant à des lois rigoureuses de l’existence, que les arts et sciences traditionnelles sont chargés de retranscrire en un langage approprié à chaque plan constitutif de l’homme. Ainsi, la modification de l’être partant d’un état attaché à une conscience individuelle pour parvenir par l’enseignement reçu à un état totalement inconditionné, suivra des étapes parfaitement identifiables.

Ces étapes sont symbolisées par les grades dans les arts martiaux (les grades ne sont pas les seuls jalons possibles, ils peuvent être marqués, comme pour le Taï Chi, par le passage d’une forme d’enchaînement à une autre, ils peuvent être aussi marqués par le passage d’une société d’initiation à une autre, comme chez le peuple Bambara par exemple). Dans les Voies intégrales (menant à l’Union au Tao) les grades sanctionnent l’avancement dans la transformation de l’être individualisé, avant toutes autres considérations contingentes. Certes, sur la portion du parcours que nous avons identifiée à la phase du « pétrissage » proprement dit (voir article ci-dessus), l’avancement sera visible extérieurement, ce qui explique qu’en Aïkido les grades de cette phase soient validés par une démonstration où une exigence en rapport avec la quantité de techniques persiste bien que l’aspect qualitatif soit majeur, mais pour la phase proprement spirituelle la progression est intérieure totalement affranchie de tout caractère quantitatif [1]. Pour cette phase les grades d’Aïkido sont validés sur proposition de hauts gradés qui ont autorité pour lire la qualité des domaines subtils du cheminant. Cet aspect purement intérieur est sans doute ce qu’il y a de plus difficile à appréhender, car comment exprimer et montrer extérieurement que l’on « est uni au vide absolu » pour reprendre l’expression utilisée par le Fondateur dans l’un de ces Dõka [2]. Ce Dõka [3] est à mettre en rapport avec le passage du Tao-Te-King de Lao-Tzeu :

« Celui qui est arrivé au maximum du vide (de l’indifférence), celui -là sera fixé solidement dans le repos [4] »

 et aussi celui-ci de Lie-Tzeu :

« Le vide, dit Lie-tzeu, ne peut pas être estimé pour lui-même. Il est estimable pour la paix qu’on y trouve. La paix dans le vide, est un état indéfinissable. On arrive à s’y établir. On ne la prend ni ne la donne. Jadis on y tendait. Maintenant on préfère l’exercice de la bonté et de l’équité, qui ne donne pas le même résultat. [5] »

 Cet autre extrait de Tchoang-tzeu illustre parfaitement ce que sous-tend la dernière phase de l’enseignement traditionnel :

« Au grand commencement de toutes choses, il y avait le néant de forme, l’être imperceptible ; il n’y avait aucun être sensible, et par suite aucun nom. Le premier être qui fut, fut l’Un, non sensible, le Principe. On appelle tei norme, la vertu émanée de l’Un, qui donna naissance à tous les êtres. Se multipliant sans fin dans ses produits, cette vertu participée s’appelle en chacun d’eux ming son partage, son lot, son destin. C’est par concentration et expansion alternantes, que la norme donne ainsi naissance aux êtres. Dans l’être qui naît, certaines lignes déterminées spécifient sa forme corporelle.
Dans cette forme corporelle, est renfermé le principe vital. Chaque être a sa manière de faire, qui constitue sa nature propre. C’est ainsi que les êtres descendent du Principe. Ils y remontent, par la culture taoïste mentale et morale, qui ramène la nature individuelle à la conformité avec la vertu agissante universelle, et l’être particulier à l’union avec le Principe primordial, le grand Vide, le grand Tout. Ce retour, cette union, se font, non par action, mais par cessation. Tel un oiseau, qui, fermant son bec, cesse son chant, se tait.
Fusion silencieuse avec le ciel et la terre, dans une apathie qui paraît stupide à ceux qui n’y entendent rien, mais qui est en réalité vertu mystique, communion à l’évolution cosmique.
 »

Ce dernier extrait de Tchoang-Tzeu montre que l’Union – état atteint par cessation – est au-delà du monde sensible, de l’action et de la temporalité. Il met en évidence aussi que le processus qui y conduit passe par différentes étapes ; positionnement mental, mise en conformité des mouvements des modalités constitutives de l’individu avec ceux de sa « vertu participée », puis cessation de tout ce qui se voudrait être distinct (en fait illusoirement) de « l’évolution cosmique ». Comment juger de cette cessation, de ce rattachement à ce qui n’a pas de nom, pas de participation au monde sensible, pas de prise dans le temps, par quelques procédés sensibles ? Cette cessation (qui est la cessation de tous mouvements autres que ceux participant pleinement à l’Harmonie Universelle) ne peut être discernée que par l’œil intérieur (ce qui renvoie à l’ancien idéogramme du Tao où un œil est tracé à l’intérieur d’un carrefour, voir ci-contre), aussi faut-il avoir développé les états supérieurs de l’être - de façon consciente ou en puissance -, pour accéder à l’autorité suffisante pour décerner les hauts grades (inférieurs au sien propre bien évidemment). Nous avons fait la distinction entre « de façon consciente » et « en puissance » pour exprimer la distinction faite dans la doctrine hindoue entre la Délivrance en la Vie (Jivan Mukti) et la Délivrance hors de la Forme (Vidêha Mukti). La première exprime est un état totalement inconditionné atteint alors que l’être dispose encore de son hypostase, la deuxième est un état atteint au moment de la mort.

Pour revenir à la notion du Vide qui est un des attributs du Tao, il est intéressant de noter que le Fondateur, dans le Dõka  précédemment cité, a utilisé l’idéogramme Kara ou Ku - prononciation dépendant du contexte syntaxique - pour le désigner. Cet idéogramme est celui du Kara Te Do :

 Il est composé de deux radicaux : tout d'abord Koùng qui désigne l’équerre antique, représentation symbolique du travail (l’homme qui défriche la terre).

C’est le travail de l’artisan sur son œuvre (Léon WIEGER  mentionne que le matériel rituel utilisé lors des cérémonies sacrées est parfois représenté par une équerre ou une croix), c’est-à-dire qu’il représente l’activité dans son sens le plus complet, à savoir une activité incluant l’intention (le trait horizontal supérieur) et l’action sur l’objet en transformation (le trait horizontal inférieur), le trait vertical représentant alors la rectitude et la clairvoyance nécessaires pour que ce qui est tenu en pensée pure devienne manifeste. De la sorte, l’objet dans les arts et les sciences traditionnels devient le reflet de la transformation intérieure.

L’autre radical Hsué, est utilisé en médecine chinoise pour désigner les points sur les méridiens du corps où il est possible à l’acupuncteur d’exercer une action appropriée pour jouer sur les carences ou les excès énergétiques.  

 

Ce radical désigne un abri dont les matériaux ont été écartés (les deux arcs de cercle en haut de l’excavation), ce qui souligne l’aspect de concentration, mais aussi l’absence de composantes substantielles et donc par extension, l’absence de toute forme attributive.
Ceci permet de pressentir que l’idéogramme Ku représente un état de l’être où son activité se développe en un domaine non-visible et non sensible, en un domaine principe du monde visible et sensible, ce qui rejoint la notion « d’Activité non agissante » de la formule « Wei-Wou-Wei ».   

Dans les trois extraits que nous avons donnés ci-dessus, le Vide est désigné par l’idéogramme Hsué (ci-dessous), que les gloses commentent comme ceci : « Un haut plateau. Les hauts plateaux sont généralement incultes et déserts. Donc vide, qui ne contient rien ».

 Cette idéogramme désigne aussi l’étoile en analogie avec l’automne, qui sous l’Empereur Yao servait de repère sidéral lors des observations de son passage au méridien pour marquer la conjonction spatio-temporelle d’une tempérance particulière du cycle saisonnier. C’est une étoile pratiquement invisible à l’œil nu, soulignant de la sorte le caractère mystérieux du Tao et de cette saison. Le radical intérieur désigne un point culminant. Les graphies antiques symbolisaient deux montagnes présentant très certainement un caractère sacré. La graphie a évoluée et représente parfois quatre hommes (réduit pour simplifier le trait à deux hommes) dos à dos observant simultanément les quatre directions.

Le radical englobant, quant à lui, figure un tigre par l’intermédiaire des rayures de sa peau. Le Tigre dans la pensée Extrême-orientale incarne l’animal sauvage « en qui le principe vital terrestre se trouve en perfection[6] ». Nous avons donc ici un idéogramme désignant un état de l’être où toutes les modalités de l’existence convergent (le Juste Milieu, le Centre de la Roue Cosmique). Sous un autre point de vue, c’est un état à l’origine de toutes les distinctions, véritable racine de l’espace, des formes et de la vitalité. Cette origine est le Vide, non pas celui que nous avons l’habitude de considérer comme absence de matière, mais cette notion métaphysique désignant un domaine au-delà de toute condition limitative, sans aucun attribut d'aucunes sortes, donc au-delà de l’étendue, de la succession, par qui tout est possible sans qu’il n’y participe en aucune façon.

 Seule la Perfection du geste peu révéler que l’être réalisé est « uni au vide absolu », mais cette Perfection doit s’entendre comme une conformité « à la vertu participée » et elle est atteinte quant le Maître à atteint un état de clairvoyance (le Fondateur la désigne par l’idéogramme Nen) qui donne la faculté de « Saisir les fils du devenir, avant l’être, alors qu’ils sont encore tendus sur le métier à tisser cosmique, voilà la joie céleste, qui se ressent, mais ne peut s’exprimer. Elle consiste, comme l’a chanté Maître Yen, à entendre ce qui n’a pas encore de son, à voir ce qui n’a pas encore de forme, ce qui remplit le ciel et la terre, ce qui embrasse l’espace, le Principe, moteur de l’évolution cosmique  [7] ».


Toutes ces données permettent de mieux appréhender la nature d’une Voie et plus particulièrement la phase proprement intérieure. Elle permet de comprendre pourquoi les grades à partir du cinquième Dan ne peuvent plus être sanctionnés par un processus extérieur, car la transformation qui s’opère doit mener l’être à dépasser les conditions limitatives de la Manifestation, et notamment celles le faisant un individu. En abordant maintenant la symbolique des nombres nous allons pouvoir dégager quelques considérations importantes qui vont mettre en évidence cet aspect.

Dans la tradition Extrême-orientale (pour toutes les autres traditions également), les grades peuvent être mis en rapport avec la symbolique des nombres incarnant à la fois les valeurs des quantités discontinues pour le pôle substantiel de la Manifestation et les qualités archétypales des états de la doctrine des états multiples de l’être pour le pôle essentiel de la Manifestation. Il faut remarquer incidemment que la graphie même des nombres interprète les qualités principielles inhérentes à chaque état successivement intégré par l’être au cours de sa progression vers l’Union au Principe.

Pour le nombre Un qui se trace à l’aide d’un trait horizontal, les glosent disent : « représente l’unité, principe de la numération. Il figure l’unité primordiale, source de tous les êtres[8]. »
Pour le nombre Dix figuré par une croix, les gloses disent : « Le nombre qui contient tout les autres nombres simples[9]. ».  Si le Un incarne en quelque sorte le premier état d’être, le Dix est celui qui les contiendrait tous, rejoignant ici ce que l’on peut dire de la finalité du processus de la Réalisation Spirituelle en tant qu’intégration de tous les états d’être.

Ce cheminement est décrit très explicitement par le Taoïste Tchoang-Tzeu dans son chapitre 27. Nous avons mis en vis-à-vis les grades correspondants :

  • Au bout d’un an, j’eus retrouvé ma simplicité native. (2ème Dan),
  • Au bout de deux ans, je pus me conformer à ma nature propre[10]. (3ème Dan),
  • Au bout de trois ans, je perdis le sens du moi et du toi. (4ème Dan),
  • Au bout de quatre ans, je fus indifférent et insensible. (5ème Dan),
  • Au bout de cinq ans, je commençai à vivre d’une vie supérieure. (6ème Dan),
  • Au bout de six ans, mon esprit entièrement concentré dans mon corps, ne divagua plus. (7ème Dan),
  • Au bout de sept ans, j’entrai en communication avec la nature universelle. (8ème Dan),
  • Au bout de huit ans, je cessai de me préoccuper de la vie et de la mort. (9ème Dan),
  • Enfin, après neuf années, le mystère s’accomplit ; je me trouvai uni au Principe. (10ème Dan),

 Les années sont des années symboliques, marquant un cycle complet entre deux états. Elles ne correspondent donc pas une année terrestre, mais au temps nécessaire pour l’intégration d’un nouvel état. Ce temps est identifié à une année pour signifier que le passage d’un état à un autre semble traverser un processus de transformation similaire à celui vécu par les êtres au cours des quatre saisons. Notons également qu’étant donné que le 1er Dan marque l’entrée sur la Voie, la première année symbolique aboutit au 2ème Dan.

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[1] « En fin de compte, vous devez oublier la technique. Plus vous progressez moins les techniques importent. Le Grand Chemin est en réalité Le Non-Chemin. » Murihei Ueshiba, extraits de « L’Art de la Paix » Enseignements du fondateur de l’Aïkido, John Stevens 

[2] « Si vous ne vous unissez pas au vide absolu, vous ne comprendrez jamais totalement la Voie de l’aïki », Murihei Ueshiba, extrait de « L’Essence de l’Aïkido » L’enseignement spirituel du fondateur de l’Aïkido, John Stevens

[3] Poèmes traditionnels Japonais, exprimant une idée métaphysique, structurés en 5-7-5-7-7 syllabes.

[4] « Les Pères du Système Taoïste », Léon Wieger, Editions Belles Lettres

[5] ibid.

[6] C.f. « L’idiot chinois », Kyril Ryjik, Editions Payot.

[7] Tchoang-Tzeu 14-C

[8] « Caractère chinois », Léon Wieger, Editions Taichung, 1972

[9] ibid.

[10] Il y a eu une coquille lors de l’impression de la traduction de Léon Wieger, car l’état correspondant à la deuxième année est omis.